Laquelle de ces deux écoles a-t-elle le plus inspiré la Catch-ATeam ?
HERVÉ JUBERT :
L’une et l’autre. Mais c’est surtout la tradition du catch mexicain, la Lucha Libre, qui m’inspire. Un catch cagoulé, plus complexe au niveau des scénarios que le catch américain.
Un catch dans lequel les « gentils» peuvent devenir «méchants » et vice versa. Ce qui, en plus des masques, est très intéressant.
Mon catcheur préféré dans le circuit américain est El Rey Mysterio : il est masqué et il est vif.
MARC MORENO :
Quand je travaille sur la Catch-A-Team, j’ai principalement en tête le catch d’antan.
Les masques, les déguisements, le bien, le mal, la comédie de la Lucha Libre sont plus proches de ma charte graphique que le star système de la WWE.
D’un autre côté, il y a dans ce nouveau catch américain une dimension titanesque, des airs de superproductions auxquels je ne suis pas insensible et qui, bien amenés et bien dosés, peuvent donner de l’effet aux aventures de la Catch-A-Team.
La discipline est parfois décriée, comment avez-vous travaillé pour éviter les écueils et insister sur les valeurs du genre ?
H.J. :
En insistant sur les valeurs, justement. La Catch-A-Team a un côté chevaleres que. Elle défend la justice et lutte contre les forces des ténèbres, comme tant d’autres teams et hobbits avant elle...
M.M. : Je fais pour la Catch-ATeam des llustrations destinées à la jeunesse. J’ai un devoir sinon «moral » du moins « éthique » dans ce que je montre et ce que je suggère. Difficile quand il se dégage du catch américain un « look» fait de sexe et de violence qui constitue 90 % du show. Je suis intimement convaincu que les enfants ne perçoivent pas ces spectacles en ces termes. Il s’agit plus de « jouer à la bagarre », de « faire-pour-desemblant », de projecteurs, de corps sculptés, de paillettes, de fumée ou encore d’images à collectionner. Par conséquent, ce sont ces ingrédients que je m’efforce de mettre en scène. Je joue aussi beaucoup sur le côté déguisement, un peu superhéros. C’est bien légitime puisque le Super Héros a beaucoup emprunté au monde du catch.
H.J. :
Pour revenir au problème moral, et comme nous parlons d’un phénomène qui touche énormément de jeunes, je glisse des messages de prudence dans mon texte autant que faire se peut. La folie catch génère certaines dérives, comme les enfants qui exécutent des prises dangereuses, sans entraînement, et qui finissent à l’hôpital.
Êtes-vous de véritables amateurs de catch, des nostalgiques du genre, ou est-ce tout simplement un phénomène qui vous inspire ?
M.M. :
Je me souviens du catch quand j’étais gamin sur notre petite TV noir et blanc. C’était incroyable ! Soit on tremblait pour le gentil dont la tête était coincée entre les grosses jambes du méchant, soit notre coeur s’emballait à l’idée de voir un masque enfin arraché ! Mon père le regardait avec nous (mes trois frères et mes deux soeurs) tout en nous disant « c’est du cinoche». Ça ne l’empêchait pas de crier aussi fort que nous lors d’une injustice sur le ring et ça ne nous empêchait pas d’avoir une foule d’émotions contrastées. Dessiner du catch, c’est retrouver tout ça.
H.J. :
La vache ! Une télé en noir et blanc? T’es aussi vieux que ça?! Je rigole. J’ai loupé le catch à la télé quand j’étais petit. L’impulsion est venue d’une constatation toute bête : aucune série d’aventures liée de près ou de loin au catch n’était proposée aux enfants qui sont pourtant à fonds dedans. Je dois avouer que, maintenant, j’aimerais assez assister à une rencontre de taille. À Mexico, par exemple. Pour l’ambiance. Quant à monter sur un ring, avec des lunettes, ça le fait pas.
À ce propos, le regain d’intérêt pour le catch est-il un phénomène éphémère ou une véritable tendance de fond ?
M.M. :
Je ne sais pas. Depuis que j’annonce à mon entourage que je dessine une histoire de catcheurs justiciers, j’ai entendu tout et son contraire. Ça me rassure, personne n’a de boule de cristal. Quoi qu’il en soit, j’ai perçu dans le projet d’Hervé, quand il me l’a proposé, au-delà du genre qu’il illustre, ce qui rend indémodable une bonne histoire : le souffle de la grande aventure. Je pense que nous nous situons donc dans l’atemporel et l’universel... en toute modestie bien sûr .
H.J. :
Dans certains pays, le catch n’a pas pris. En France, c’est différent. Le phénomène a débuté fin 2006 et le nombre de requêtes sur Google concernant le catch (pour ne prendre que cet indicateur) continue à grimper dans des proportions record. Un feu de paille se serait éteint au bout d’un an, un an et demi. Je vote pour la tendance de fond, comme en Grande-Bretagne qui a replongé dans le catch il y a près de dix ans et qui continue à organiser des rencontres entre des créatures improbables dans des bleds paumés. Pour revenir à l’atemporel et à l’universel dont parle si bien mon camarade, le catch est une base narrative géniale.